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Ana Mendieta: artiste féministe engagée

Par Ana Sonderéguer, pour Feminists in the City

· Portraits de femmes

Nous souhaitons mettre à l’honneur une très grande artiste qui a fait de son art une arme de revendication culturelle, un outil politique et un instrument de lutte féministe. Comme vous l’avez bien compris, Ana Mendieta était féministe, mais elle défendait également les droits humains et les luttes des peuples originaires. A travers ses œuvres, Mendieta désirait valoriser les traditions antiques, réfléchir sur la figure de la femme et sur le lien de l’humain à la nature, et transgresser le monde de l’art en modifiant l’espace de création artistique. Comme nous le verrons, elle produit majoritairement dans la nature.

Artiste d’origine cubaine qui partit très jeune âge pour les États-Unis, son héritage culturel ne l’abandonna jamais. Elle fait partie des enfants qui quittèrent Cuba à travers l’opération Peter Pan, entreprise manœuvrée par le gouvernement étatsunien, l’église catholique et les cubains exilés. Face à la peur que certains avaient du régime communiste, des milliers d’enfants furent transportés à Miami. Ana Mendieta et sa sœur quittent l’île en 1961. Elles s’installent finalement dans l’Iowa, où elles connaitront un rejet très fort de la part des habitants. C’est justement ce « Refus des gens de l’Iowa de reconnaître la légitimité de sa culture [qui] rendait Ana très sensible à la condition des peuples colonisés, et fit d’elle une ardente défenseur(e) de l’importance de l’identité culturelle dans le combat politique » (Mary Sabattino). Elle reprenait cette différence pour souligner l’importance des traditions latinoaméricaines et la présence des peuples indigènes. Ana Mendieta voulait mettre en valeur la résistance des peuples autochtones. Ainsi, elle développa les symboles de sa propre résistance face à une société qui rejetait sa culture natale.

L’artiste déménage à New York en 1978. C'est quand elle était étudiante à l’Université d’Iowa qu'elle découvre les travaux féministes de Martha Rosler et Martha Wilson, deux artistes qui utilisaient le corps pour transmettre des messages politiques et personnels. Ici apparaît donc le deuxième intérêt de l’artiste : le féminisme.

En même temps, le lien avec son pays natal ne s’éteint pas : elle y retourne à plusieurs reprises, le faisant même en 1981 avec un groupe d’artistes et de féministes. Ana Mendieta mélange ses différentes préoccupations et intérêts pour développer une œuvre captivante. Il faut signaler qu’elle partageait certaines préoccupations des féministes, mais était très critique envers la faible représentation des femmes de couleur dans le mouvement (intersectionnalité). Cela dit, l’œuvre de Mendieta est remplie de réflexions autour de la place des femmes dans la société. En 1972, elle développe Glass on body, une œuvre dans laquelle on voit l’artiste presser son corps contre du verre afin de le