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Réflexions féministes d'un confiné

Par Hugues M - Feminists in the City

· Débats

Au fil des semaines, mois et années, nous sommes sans cesse confronté·es au sexisme ambiant, aux injustices, aux discriminations, aux violences faites aux femmes et aux féminicides en hausse. Au quotidien, nous avons l'impression d'être inévitablement cerné·es par le système sexisme. Le constat est en effet, peu glorieux. Le sentiment d'impuissance est aussi un facteur aggravant qui joue avec nos consciences. Que pouvons-nous faire à notre niveau, face aux personnalités politiques qui ne s'emparent pas de ces sujets ou qui le font de façon trop timide ? La question est posée. Toutefois, le féminisme intersectionnel (définition ici) peut nous aider.

L'importance de l'empathie: inverser les rôles

Quand on décide de "s'attaquer" aux problèmes de société, aux problèmes qui concernent les êtres humains sans distinctions, on s'aperçoit que rien est dû au hasard. Sexe, genre, orientation sexuelle, origine ethnique, physique, handicap, style vestimentaire, tout est utilisé pour nous ranger des boîtes. Ces mêmes boîtes sont ensuite utilisées insidieusement contre nous, comme si elles nous définissaient en tant que personne. Double peine… On voudrait nous faire croire que les choses sont ce qu'elles sont depuis la nuit des temps (par exemple, que les femmes sont moins intelligentes que les hommes).

Or, nous savons que c'est évidemment faux. Nous avons hérité de contructions sociales, culturelles et comportementales qui se sont transmises de générations en générations et qui ont fini par être considérées comme la "norme". Parmi ces constructions, s'est glissé tout un tas de pseudo-vérités non scientifiques, qui nous influencent directement dans nos choix ou nos vies et dont il est difficile de se séparer. La norme, ce fantastique couteau suisse qui est dégainé promptement lorsque quelque chose n'est pas admis. Tu n'es pas intéressé·e par le sexe, tu es toujours célibataire à plus de 30 ans, tu as les cheveux bleus, tu ne veux pas d'enfant, tu boies beaucoup, hum,ca tout ça est "bizarre". On s'aperçoit ici du spectre particulièrement large de cette fausse anormalité et aussi à quel point cela est futile. Ces contraintes sociales sont également mouvantes, elles évoluent dans le temps.

Un exemple représentatif de cette évolution est l'homosexualité. La perception de cette orientation sexuelle était bien différente quand on étudie l'Histoire, en particulier pendant l'Antiquité (voir page wikipédia), alors qu'aujourd'hui des personnes sont victimes de violences ou pire, perdent la vie parce qu'elles sont tristement considérées comme anormales.

Dans ce méli-mélo peu attirant, n'oublions pas aussi les principales religions monothéistes, qui ont également une part extrèmement importante dans la perpétuation des inégalités et violences ou dans la volonté de rendre la femme inférieure. Êve étant la pêcheuresse qui a goûté le fruit défendu par inconscience et qui a plongé les Hommes dans le chaos. La religion est intrinsèquement liée à la domination d'un sexe sur un autre, où la femme n'y est représentée que de façon négative et où elle ne sert qu'à prolonger l'humanité. Par chance, le fondement scientifique de ces courants de pensées est quasi nul, proche du néant. Pour comprendre les tenants et aboutissants, il faut donc inverser les rôles, se mettre à la place des personnes qui subissent.

Il est nécessaire de réfléchir à sa propre situation et à ses privilèges (homme vs femme, genre, en plus de l'origine ethnique), pour ensuite faire preuve d'empathie et se remettre (constamment) en question. En effet, cette soif d'égalité est un terreau fertile qui permet de poser les fondations du féminisme (déf. ici). Comme une étincelle pleine d'espoir. Au fond de moi, j'ai tendance à m'imaginer le féminisme comme une trousse remplie d'instruments qui me permettent d'opérer chirurgicalement sur des thèmes précis. Cette inversion pousse à songer aux mécanismes qui sont mis en œuvre au sein des rapports sociaux ou dans un contexte plus personnel, nos relations amoureuses et nos relations de couple.

Pouvons-nous accepter les rôles genrés, les disparités salariales, le non partage des tâches quotidiennes ou liées aux enfants, la précarité menstruelle ou la remise en question de l'IVG ? Non, c'est impossible (pour moi, en tout cas).

Droits des femmes

Constat(s) commun, objectifs distincts ?

À mon sens, c'est ce que le féminisme essaie de promouvoir. Il est indéniable que les courants qui le compose sont variés, multiples et parfois en opposition sur des sujets très clivants (les maisons closes, par exemple. Voir débat ici). Diverses théories s'entrechoquent malgré les nombreux points communs.

Mais c'est finalement ce qui devrait rassembler, peu importe les différences et les désaccords. À chaque manifestation liée aux droits des femmes auxquelles j'assiste, je suis toujours subjugué par cette sororité, cette atmosphère bourrée de bienveillance et les sourires rayonnants, malgré les sujets graves.

Néanmois, le féminisme doit s'adresser à toutes les femmes, inclure, rassembler et ne pas se limiter à une minorité. Ne pas oublier les femmes non-blanches, celles se définissant comme travailleuses du sexe ou les femmes issues de l'immigration. Et par la même occasion, ils seraient tout aussi fabuleux que plus d'hommes se sentent concernés par ces questions et qu'ils se saisissent à leur tour de ces interrogations et de cette lutte. Le changement ne se fera pas avec seulement 52% de la population.

Lors d'une table ronde sur le féminisme intergénérationnel organisée par Feminists in the City, Claudine Monteil (autrice, historienne, diplomate honoraire française et proche de Simone de Beauvoir) rappelait que les avancées qui ont été acquises au fil des décennies aux prix de larmes et de sang, seront toujours contestées. Il suffit de suivre de loin l'actualité récente ou non pour en avoir la preuve la plus formelle. Et nul besoin de partir dans un autre pays, ça arrive même chez nous.

À chaque élection présidentielle, certains partis politiques n'ont pas la moindre honte et veulent modifier la loi actuelle pour "réguler" l'IVG, l'autoriser sous certaines conditions. Ou encore, en marge d'une manifestation pour la Journée Internationale des Droits des Femmes 2020, des femmes ont été chargées, matraquées, violentées, tabassées et arrêtées abusivement par une police pleine de rage et de frustration. Malgré l'indignation générale qui a d'ailleurs eu une portée que trop limitée, l'impunité reste totale. On se dit que de tels actes ne devraient plus arriver et pourtant, ils arrivent. Cela exprime une nouvelle fois le pouvoir et l'ascendant des dominants sur les dominé·es.

Ainsi donc, quand on constate unanimement les conséquences (et causes) et qu'elles touchent plus de la moitié de la population, ne faudrait-il donc pas méditer à comment abolir ces mécaniques discriminatoires ? C'est pourquoi il faut se battre… ENSEMBLE, main dans la main.

Le duo gagnant

Cet éveil idéologique et sociétal ne peut pas se faire sans une volonté réelle et sincère de se détacher de toutes nos entraves, de se sentir libéré·e. C'est à ce moment précis que la déconstruction entre en jeu. J'aime dire que cette déconstruction permet simplement de "penser à l'envers". Ici, rien de péjoratif, bien au contraire. Ne plus accepter ce qui est évident ou qui semble l'être, réfuter les propos inexacts. La déconstruction permet ainsi de s'émanciper. Nous y voilà, je vous présente le duo gagnant : émancipation et déconstruction (et vice versa).

Revenons ensemble sur la définition du mot émancipation : l'émancipation est l'affranchissement de la puissance du père, ou du tuteur. Bien entendu, on pourrait étendre cela à une domination quelconque ou à un état de dépendance. Vous voyez où je veux en venir ? L'étymologie est toute aussi intéressante. Du latin "mancipium", bien acquis par mancipation : esclave de l'un ou l'autre sexe, serviteur (d'après Wiktionnaire). Tout commence ici, c'est le top départ.

Attends ?! Avec ce texte, ne serais-je pas en train de démontrer depuis bien trop longtemps (oui, oui, je vois que vous commencez à vous endormir) que le féminisme est par essence un outil social très efficace ? Que cela permet d'améliorer la société et les rapports que nous entretenons ensemble ? Je crois que oui. Si des personnes ne s'étaient pas élevées pour justement dénoncer ce qui doit l'être, dénoncer l'inacceptable et obtenir des libertés individuelles fondamentales différentes selon le sexe, la société n'en serait que plus néfaste. Et regardons devant nous, il y a encore pas mal de boulot. Mais sachons aussi regarder derrière nous, écoutons nos ainées qui étaient là et qui se sont battues. Ça n'était évidemment pas mieux avant (même 40 ans en arrière). Il est impensable de vouloir changer la société, nos ami·es, notre famille ou nos proches, sans changer soi-même, comme pour montrer l'exemple.

Ne soyons pas trop naïf·ves, cette évolution psychologique prendra un (très) long moment, aussi bien à l'échelle individuelle, qu'à la société dans son intégralité et il est difficile de quantifier le temps nécessaire. Néanmois, il est possible de commencer dès maintenant, après la lecture de cet article ou lorsque vous changerez d'onglet. Réfléchissez par vous-même et croyez au libre arbitre, vous verrez vos relations n'en seront que meilleures. Et si finalement ce confinement n'était pas l'occasion de tout recommencer à zéro ?

Pour plus d'infos féministes, rendez-vous sur @feministsinthecity (instagram) et Feminists in the City (Facebook) ! Pour découvrir les visites guidées Feminists in the City, c'est par ici ⬇️

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