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Qu'est-ce que le féminisme ?

Leçons de nos visites guidées féministes

· Actualités

Plus de 4,000 participant.e.s depuis fin 2018, plus de 39 nationalités différentes rencontrées et plus de 11 thèmes de visites féministes: c'est ce que représente aujourd'hui Feminists of Paris. Nous (co-fondatrices de Feminists of Paris, Cécile Fara et Julie Marangé) avons décidé de vous partager ce que nous avons appris du féminisme à travers les témoignages de nos participant.e.s venant des quatre coins du monde, des découvertes de personnalités inspirantes et de nos expériences de visites en deux ans!

Féminisme = liberté

Au début de nos visites féministes, nous vous demandons toujours un mot pour définir le féminisme - c’est à dire le mouvement de lutte pour l’égalité entre les genres. Le mot “liberté” revient régulièrement à nos oreilles.

On avait envie de revenir dessus, car oui, le féminisme défend la liberté des femmes à disposer de leurs corps et de leurs vies. Il remet en question toutes les normes sexistes, patriarcales et oppressives que nous avons intériorisé depuis notre enfance. Il pointe vers des alternatives de vie légitimes pour les femmes, les hommes et personnes non-binaires qui ne correspondent pas aux normes imposées. Du féminisme découle aussi une ouverture d'esprit, car il s'agit de remettre en question un bon gros nombre de normes sociales établies.

Le féminisme parle bien de liberté. Les militantes féministes se sont battues pour notre liberté de choisir notre voie, de porter un pantalon, de simplement exister dans l’espace public. Elles continuent à se battre pour cette liberté, que ce soit dans l’espace public ou privé, et ce, dans tous les pays d'origines de nos participant.e.s, de l'Égypte à l'Afrique du Sud en passant par la Chine.

Claudine monteil : les féministes guidant le peuple

Les féministes guidant le peuple !

Shoraya (guide Feminists of Paris) aux côtés de Claudine Monteil (Historienne, Marraine 2020 de Feminists of Paris) et Julie Marangé (co-fondatrice de Feminists of Paris)

Féminisme = intersectionnalité

Le deuxième mot marquant qui revient régulièrement lors de nos visites est "intersectionnalité", c'est-à-dire la nécessité de prendre en considération l'intersection des dominations dans le mouvement féministe.

Le concept d'intersectionnalité est né de la constatation d'une double discrimination des femmes noires, à l'intersection du racisme et du sexisme. Dans le contexte de notre récente table ronde "Femmes & Cabarets: objectification ou libération sexuelle" (mars 2020), c'est de la double discrimination du sexisme et du handicap dont il a été question.

Bien que les hommes en situation de handicap font l’objet de discriminations sur la base du handicap, les femmes sont confrontées à une double discrimination, à l’intersection du sexisme et du handicap. Ce phénomène se retrouve dans tous les domaines de la vie quotidienne (ex: discrimination à l’embauche sur base du genre et du handicap etc.). Les femmes en situation de handicap font l'objet de nombreux préjugés et de multiples formes de violences, selon l'Association France Handicap.

En Mai 2019, l’artiste Viktoria Modesta défia les stéréotypes en s’emparant de la scène du Crazy Horse (cabaret parisien). Amputée de la jambe, elle revendique fièrement ce handicap comme une forme d’empouvoirement. “Le corps est la seule chose qui nous appartient, je voulais me le réapproprier, c'était une question de survie”, dit-elle. Sa performance au Crazy Horse s’apparente aussi à une réappropriation de sa sexualité. Elle poursuit: “avant je pensais que je devais laisser ma sexualité de côté pour devenir une femme artiste respectée. Ici, j’ai décidé de faire le contraire”.

L'intersection des dominations concerne aussi la lesbophobie, le classisme, la transphobie etc. Nous tâchons de prendre en considération cette intersection des dominations dans toutes nos visites guidées féministes ! ✌🏽

Féminisme = sororité

Le troisième mot clé dont il a été question est le mot sororité. L'un des événements qui a le mieux illustré cet état d'esprit en 2019 fut le Ballon d'Or décerné à Megan Rapinoe. Elle a accepté cette victoire au nom de toute son équipe, faisant passer un message fort de sororité envers les 23 joueuses américaines.

Megan Rapinoe s’illustre tant pour son militantisme féministe et pour les droits des personnes de la communauté LGBTQIA+. Elle avait d’ailleurs été l’une des premières joueuses connues à révéler son homosexualité. Selon elle, le Mondial était une “occasion unique d’utiliser ce beau jeu pour changer le monde pour le mieux ».

Megan Rapinoe - Photo Franck FIFE / AFP

Le féminisme, c'est ainsi une célébration de l’entraide entre femmes de différentes générations. Depuis le début de l’aventure Feminists of Paris, nous avons reçu le soutien de femmes d’âges et d’horizons différents:

- Nous avons été soutenues par les membres de Business Professional Women, qui nous ont

décerné le Prix "Inclusion" dans le cadre du Pépite France Challenge, le concours annuel de l'entrepreneuriat étudiant. Ce réseau de femmes international crée des liens intergénérationnels, notamment grâce à son programme de mentorat, dont nous faisons partie.

- Claudine Monteil, écrivaine, historienne et diplomate honoraire française, ancienne proche de Simone de Beauvoir, qui s’engage pour la transmission entre féministes de différentes générations, et est aussi notre Marraine 2020 !

- Et évidemment, nous sommes enthousiastes d’avoir rejoint le Club Femmes Ici et Ailleurs, réseau national engagé de femmes et d’hommes de tous horizons.

La sororité s'est aussi jouée entre nous, co-fondatrices. Bien que féministes, nous n'échappons pas à notre condition humaine et notre ego. Nous avons appris ensemble à nous tirer mutuellement vers le haut, à apprécier les forces de chacune, sans établir de hiérarchie. Nous avons même participé à un atelier de communication non violente (photo ci-dessous), afin de maîtriser cet ego qui pourrait nous coûter notre amitié et l'existence même de Feminists of Paris ! Seul.e on va plus vite, ensemble on va plus loin 💜

Cécile Fara (gauche) et Julie Marangé (droite) lors de l'atelier de communication non violente organisé par le Pépite CréaJ-IDF

Féminisme = body positivité

Nos visites mentionnent régulièrement l'importance de la body positivity dans le féminisme, notamment à travers les oeuvres de street art de maisouituesbelle (miroirs dans l'espace public), de Miss.Tic et de Mass.Toc.

Notre grande découverte body positivité de l'année fut Céleste Barber, actrice, comédienne et écrivaine Australienne, qui nous inspire.

Elle s’est fait connaître par ses parodies désopilantes de clichés de mode et des stars sur Instagram, comme la famille Kardashian, Miley Cyrus, Rihanna. Ces clichés sont une ode au body-positivisme, à l’acceptation et la célébration de la diversité des corps humains. Cet état d’esprit encourage l’estime de soi et des autres, en s’extirpant des diktats de la beauté imposés par les sociétés patriarcales.

Cependant, Céleste Barber avait créé son compte afin de s’amuser et d’amuser les autres, et c’est seulement plus tard qu’elle a compris l’implication de ses clichés pour le féminisme : «Je suis totalement féministe, en fait, mais je viens de le réaliser, parce que j'ai une voix, maintenant » a-t-elle déclaré, soulignant aussi l’importance de donner une voix à toutes les femmes !

Céleste Barber feministe

Celeste Barber parodie une photo d'Elisabeth Moss sur Instagram, le 5 septembre 2018.

Instagram @celestebarber

Féminisme = rôles modèles

L'historienne Eliane Viennot nous l'a bien rappelé lors de notre table ronde sur Simone de Beauvoir, en janvier 2020: les femmes n'ont pas seulement été invisibilisées ou écartées de l'histoire: elles ont été effacées. Le mouvement féministe a le devoir de revisiter l'histoire en mettant les femmes en lumière. C'est d'ailleurs la mission de Feminists of Paris !

Par exemple, les femmes ont joué un rôle crucial dans l'élaboration de la Déclaration universelle des droits de l'Homme - ce qui a été oublié. Eleanor Roosevelt, première Présidente de la Commission des droits de l'Homme, était l'une d'entre elles. Hansa Mehta, également, était une ardente défenseuse des droits des femmes en Inde et à l'étranger, et a largement participé au changement de l'expression "Tous les hommes naissent libres et égaux" en "Tous les êtres humains naissent libres et égaux" à l'article premier de la Déclaration universelle des droits de l'Homme.

Autre figure historique qui nous inspire: Olympe de Gouges. Elle est considérée comme l’une des pionnières du féminisme en France. En 1791, elle publie La déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, en réaction à La déclaration des droits de l’Homme et du citoyen, qui se voulait universelle mais laissait de côté la moitié de la population. Elle demande ainsi l’égalité des femmes et des hommes devant la loi, écrivant fameusement : “la femme naît libre et demeure égale en droits à l’homme”.

Elle explique notamment que les femmes, sous la Révolution française, se voyaient imposer des devoirs, mais pas de droits. La phrase la plus célèbre de ce texte illustre bien cette pensée : « La Femme a le droit de monter sur l’échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la Tribune ». En plus de ses positions pour l’égalité de droits entre les femmes et les hommes, Olympe de Gouges s’est également battue pour l’abolition de l’esclavage (ce qui fut le cas en France en 1848) et contre la peine de mort (abolie en France en 1981). Elle est guillotinée en 1793 pour ces positions politiques. C'est une véritable inspiration, qui peut toujours nous servir de modèle de courage, de force et de résilience aujourd’hui. Julie aime rappeler que des femmes sont mortes pour les droits des femmes, et que le combat doit continuer !

Oeuvre de street art réalisée par ME-PARIS (@marlene.ehrhard), vue lors de notre visite sur la libération sexuelle contée par des hystériques (Pigalle/Montmartre)

En 2019, les Nations Unies lancent un appel en faveur d'une "Jeunesse debout pour les droits de l'Homme ", faisant valoir que la participation des jeunes est essentielle pour parvenir à un développement durable pour tous. Chez Feminists of Paris, nous sommes convaincues qu'il faut donner un plus grand rôle à la jeunesse. En tant que co-fondatrices âgées de 24 ans, nous avons parfois eu du mal à nous faire entendre en raison de notre âge.

D'expérience, nous avons compris qu'il ne faut jamais attendre pour faire ce qui nous passionne, et qu'il ne faut pas écouter les gens qui nous discréditent à cause de notre âge, de notre genre, ou de notre féminisme. Les jeunes ont de grandes idées et de belles façons de voir le monde, et elles/ils peuvent faire une réelle différence - les rôles modèles sont d'une importance capitale pour nous donner de l'inspiration !

Féminisme = prendre soin de soi

Parfois, il faut être un peu égoïste, faire passer son bien-être en premier et réfléchir à ce qui est le mieux pour soi-même. C'est une manière de se respecter.

Le 23 juin 2019, Anaïs Bourdet annonçait la fin de @payetaschek, qui recensait depuis 7 ans les témoignages de femmes victimes de harcèlement de rue. Elle expliquait sa fatigue et sa colère face aux témoignages qu’elle récoltait et devait porter dans sa vie quotidienne. Arrêter d’alimenter son Tumblr était pour elle un soulagement. Et honnêtement, on la comprend.

Lorsqu’on milite pour une cause, qui nous tient à coeur, cette cause peut prendre une place démesurée dans notre vie, et occulter le reste. Pour nous, le féminisme est une raison de vivre. Cependant, il est difficile de se détacher de ce combat, tant il est ancré dans notre existence: dans les livres que nous lisons, les films que nous regardons, les pièces de théâtre auxquelles nous assistons, les expositions que nous visitons, et bien évidemment, notre travail quotidien (visites etc.)

Aussi, si nous sommes entourées de personnes qui partagent notre vision, dès que nous rencontrons des personnes qui ne le sont pas, celles-ci cherchent à connaître notre point de vue, ce qui peut mener à des débats longs et fatigants émotionnellement et intellectuellement. Ainsi, il est fondamental de se laisser de l’espace et du temps pour se reposer, penser à d’autres choses. Par exemple, un exercice ou retraite de méditation - comme le fait Julie - ou une déconnexion complète des réseaux sociaux pendant quelques jours en lisant des livres - comme le fait Cécile - peuvent faire un bien fou.

Au début de l'aventure Feminists of Paris à temps plein, nous étions toutes deux constamment stressées, avec de grande difficultés de sommeil. On s'accorde désormais beaucoup plus de temps pour faire des activités personnelles pour recharger les batteries. On a réalisé qu'on ne pouvait pas être partout, qu'on ne pouvait pas tout faire et être là pour tout le monde tout le temps.

Et on a le droit !💪

Julie Marangé (à gauche) et Cécile Fara (à droite) Co-fondatrices de Feminists of Paris

Julie Marangé (à gauche) et Cécile Fara (à droite)

Féminisme = repères féministes

L’aventure Feminists of Paris nous a permis de rencontrer des femmes qui entreprennent dans un esprit féministe, d’entraide et de solidarité ! Il y a des lieux où il fait bon se retrouver pour parler de féminisme et pour se sentir bien et accueilli.e tel.le. qu’on est.

Bonjour Madame, c'est THE restaurant féministe de Paris. C'est dans le contexte d'un déjeuner d'équipe en toute sororité que nous avons découvert Bonjour Madame pour la première fois ! En plus d'y manger très bien pour pas trop cher, vous pourrez lire un livre de la Féministhèque ou assister à l'un des nombreux évènements féministes gratuits et inclusifs qu'elles accueillent: table ronde féministe, vernissage d'exposition, pub quizz, drag-queen show... Un lieu vraiment unique à Paris !

Nous avons aussi discuté avec le Politicafé, qui a été monté par Mathilde, avec l’objectif d’ouvrir un lieu où on pourrait parler de politique. Il y a de nombreux événements auxquels vous pouvez assister, afin de satisfaire votre curiosité sur les sujets politiques contemporains.

Nous adorons aussi la Mutinerie, un lieu queer engagé et décomplexé, où on peut assister à des événements inspirants et rencontrer des militant.e.s.

On nous a aussi parlé d’un nouveau bar dans le 11ème, Madame Simone, en hommage à la grande Nina Simone, star du jazz et femme à la carrière impressionnante.

Féminisme = amour

C'est cul-cul, mais c'est évident, et on tenait à le garder pour la fin ce féminisme = amour. C'est la conclusion de tout ce dont nous venons de discuter. Car oui, le féminisme défend l’amour:

-L’amour de sa prochaine à travers la lutte contre les violences faites aux femmes

-L’amour de soi-même par le positivisme corporel et le combat contre la charge mentale

-L’amour de la liberté, en permettant aux femmes de disposer de leurs corps, de faire leurs propres choix, ou aux hommes de se libérer des diktats de la masculinité toxique, qui nous fait croire que les émotions font d’eux des sous-hommes.

-L’amour de la justice, en rendant aux femmes ce qui leur a été volé: leur pouvoir et visibilité

-L’amour entre les femmes elles-mêmes, incitées à être en compétition pour l’affection des hommes (vive la sororité !)

-L’amour de l’humanité, en prônant la solidarité femmes-hommes.

Chez Feminists of Paris, nous faisons au mieux pour partager ces valeurs pendant nos visites féministes en toute bienveillance, d’abord en invitant chacun.e à s’exprimer, puis en promouvant le féminisme.

A tout.e.s celles et ceux qui sont venu.e.s ou qui comptent passer quelques heures avec Feminists of Paris, nous sommes impatientes de faire rayonner ces valeurs à vos côtés !

Amitiés féministes,

Cécile & Julie - co-fondatrices

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