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Olympe de Gouges, pionnière du féminisme

Par Léa Le Chevrel, rédactrice Feminists in the City

· Portraits de femmes

« Femme, réveille toi ; le tocsin de la raison se fait entendre dans tout l’univers ; reconnais tes droits » Déclaration des droits de la Femme et de la Citoyenne, 1791

« Rappelez-vous cette virago, cette femme-homme, l’impudente Olympe de Gouges, qui voulut politiquer et commit des crimes ; tous ces êtres immoraux ont été anéantis sous le fer vengeur des lois ! » Pierre Gaspard Chaumett, 1993

Considérée par beaucoup comme pionnière du féminisme français, celle qui écrit en 1791 la Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne est une femme de lettres révolutionnaire aux positions avant-gardistes et profondément humanistes. 

Une vie à contre-courant 

Marie Gouze naît en 1748 à Montauban. En 1765, elle est mariée contre son gré à un homme de trente ans son aîné, qui ne l’intéresse pas plus qu’il ne la comble. Il meurt l’année suivante, la laissant avec un fils et joyeusement veuve. 

En 1770 elle rencontre un riche toulousain avec lequel elle entretiendra une liaison jusqu’à la Révolution. Lorsqu’il la demande en mariage, elle refuse, souhaitant continuer leur passion sans s’enfermer dans le joug du mariage qui selon elle est “le tombeau de la confiance et de l’amour”. Elle choisit ainsi de maintenir son statut de veuve, et de rester libre de ses choix et de ses actions. 

Femme aux grandes ambitions, elle monte avec son amant à Paris, et commence à publier ses premiers écrits, pamphlets, romans et pièces de théâtre sous le nom Olympe de Gouges, crée à partir du prénom de sa mère et de son patronyme. Le théâtre est une opportunité de toucher une grande partie de la population, souvent illettrée, et de faire passer des messages politiques. Pour échapper au pouvoir qui contrôle les compagnies de théâtre, elle monte sa propre troupe - au sein de laquelle son fils sera comédien - et la dirige jusqu’en 1787. 

Politiquement incorrecte

Avec le bouillonnement de la Révolution, elle écrit des textes de plus en plus politiques. Elle prône la liberté d’expression, l’égalité des sexes, l’instauration du divorce et la suppression du mariage religieux, des réformes économiques et sociales, l’abolition de la peine de mort et de l’esclavage, la création d’un impôt sur le revenu des plus riches, la création de maternités et de foyers solidaires… Entre autres revendications ! 

En 1785, une de ses pièces, l’Esclavage des Noirs est inscrite à la comédie française grâce à l’influence de son amie Madame de Montesson, chez qui elle fait les lectures de ses écrits. En premier lieu, les comédien-nes refusent de la jouer car elle donne la parole à des esclaves. A cette époque, la France est encore esclavagiste et la traite est une source de profits considérable pour le régime et les nobles décisionnaires. Olympe de Gouges est l’une des premières voix qui s’élève contre l’esclavage, et surtout, qui redonne la parole à des esclaves dans ses textes. Elle reçoit à l’occasion de vives critiques et même de nombreuses menaces de mort de propriétaires d’esclaves. 

En 1791 elle publie la très fameuse Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne, qu’elle placarde dans les rues de Paris. Elle y reprend la forme de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen (1789) et y inclut les femmes, grandes oubliées de cette dernière. Selon elle, “la constitution est nulle si la majorité des individus qui composent la nation n’a pas coopéré à sa rédaction”. Elle y revendique l’égalité en droits des femmes et des hommes et l'émancipation politique, sociale et économique des femmes. Longtemps oublié, ce texte est aujourd’hui considéré comme l’un des textes fondateurs des revendications féministes. Il est également considéré comme l'un des premiers textes en écriture inclusive (Éliane Viennot, 2021). Le texte affirme en effet que le masculin n’est pas neutre, et que donner de la visibilité aux femmes dans les textes permet de leur donner une place au sein de la société et contribue à l’obtention d’une égalité de fait. 

“Injures envers les représentants du peuple” 

Écrivant sur des sujets controversés, Olympe de Gouges est rapidement et sévèrement jugée par l’élite morale du pays. Avec des pamphlets assumés, comme Remarques patriotiques ou Lettre au peuple (1788), elle cherche les mouvements d’opinion et la réaction du peuple. Malgré les caricatures et les menaces, elle s’évertue à faire connaître son engagement et à transmettre ses pensées audacieuses.  

Après plusieurs menaces de l’État, elle est finalement arrêtée en 1793 à la suite de son pamphlet Les Trois urnes pour “injures envers les représentants du peuple” et “publication d’écrits révolutionnaires”. C’est la première personne à être condamnée pour la publication d’écrits sous le régime de la Terreur. Dans sa cellule, elle écrit et affiche ses deux derniers textes : Une patriote persécutée et Olympe de Gouges au tribunal révolutionnaire. 

Le 2 novembre 1793, elle est condamnée à mort sur ordre de Robespierre, et guillotinée le lendemain matin à l’âge de 45 ans. 

Héritage féministe 

Jusqu’au XXe siècle, son nom disparaît peu à peu de l’Histoire - comme bon nombre de femmes! - avant de connaître sa réhabilitation par les mouvements féministes. En 1986, la romancière et militante féministe Benoîte Groult réédite sa Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne et met en lumière le travail et l’engagement d’Olympe de Gouges. Ce texte devient fondateur et connaît le succès qui n’est jamais venu lors de sa première sortie. 

Sa fervente défense de l’égalité entre les femmes et les hommes et ses revendications novatrices font d’Olympe de Gouges un emblème des mouvements d’émancipation des femmes. On retient d’elle ses combats novateurs, son immense liberté et sa plume aiguisée et irrévérencieuse ! 

En 2016, 223 ans après sa mort, un buste d’Olympe de Gouges vient orner la salle des Quatre-Colonnes de l’Assemblée Nationale et devient ainsi le premier buste feminin au sein du Palais Bourbon.

 Références et inspirations : 

  • « Celle qui voulut politiquer », Le Monde diplomatique (2008)
  • V comme Virago, A. Gogny-Goubert et A. Rebaudo (2020)
  • Olympe de Gouges, une femme du XXIe siècle, France Culture (2017)
  • « Dans le tumulte révolutionnaire, Olympe de Gouges ouvrit la voie du  féminisme », National Geographic (2021)
  • Masterclass Feminists in the City de Éliane Viennot Le langage non sexiste (2021)

 

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