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Municipales 2020: où sont les femmes ?

Par Aude Barthe, rédactrice pour Feminists in the City

· Actualités

L’article 17 de l’ordonnance du 21 avril 1944 prévoit que « les femmes sont électrices et éligibles dans les mêmes conditions que les hommes ». Néanmoins, seulement 17% de femmes sont aujourd’hui à la tête de mairies françaises. Qu'est-ce qui empêche la ‘féminisation’ du poste de maire ?

femmes maires france

Photo : Corentin Fohlen pour «Libération»

Les femmes occupent actuellement 17% des postes de maires en France. 43% siègent en tant que conseillères municipales ou adjointes et 29% sont premières adjointes (selon le rapport de la Direction générale des collectivités locales en mars 2019). Ainsi, on estime à 39,9% la part des femmes dans les conseils municipaux tous postes et toutes tailles de communes confondus. Plus significatif encore, plus le poste est important moins les femmes sont présentes. À contrario (et sans surprise), les postes les moins influents sont occupés par des femmes. Il existe aussi des disparités régionales: moins de femmes sont présentes dans les communes du Nord, de l’Est et de la Corse. À l’inverse, nombreuses sont les femmes occupant des fonctions municipales en Bretagne, sur la côte Atlantique et sur la côte méditerranéenne. Enfin, 8% de femmes sont présidentes d’intercommunalités (regroupement de plusieurs communes qui coopèrent ensembles dans plusieurs domaines).

Pourcentage de femmes élues conseillères municipales et maires en France depuis 1947 (Victor Marneur)

La loi du 13 mai 2013 instaure l’obligation de parité dans les listes de candidat.e.s dans les communes de plus de 1 000 habitants. Il s’agit d’établir une alternance entre femmes et hommes dans la présentation des listes. Or, près de six ans après, la loi n’a pas eu d’effet concret. Du côté des grandes villes, à l’issue des municipales de 2014, cinq maires sur six étaient des hommes dans les 41 villes dépassant la centaine de milliers d'habitants [1]. La même année, Anne Hidalgo devenait la première femme à la tête de la mairie de Paris. Certes on observe une parité dans les listes présentées dans dix des grandes villes françaises. Cependant, le nombre de femmes qui figure en tête de liste reste infime. Pour les municipales de 2020, les villes de Nantes et de Lyon comptent respectivement six et quatre femmes en tête de listes. Elles sont suivies de Marseille, Strasbourg et Lille qui comptent respectivement trois femmes candidates au siège de maire. La ville de Nice compte une candidate, Toulouse deux. Quant à Bordeaux, aucune femme ne s’est présentée. Enfin, quatre femmes sont en tête de listes pour la mairie de Paris.

Malgré la loi de 2013, pourquoi la parité n’est toujours pas atteinte ?

Premièrement, la France compte 74% de communes de moins de 1 000 habitants. Ces communes, qui n’ont pas l’obligation de parité, ont un mode de fonctionnement différents ou les listes incomplètes et les candidatures individuelles sont permises. Ainsi, les femmes sont moins incitées à se présenter. Néanmoins, depuis novembre 2019, l’obligation de parité s’appliquera dans les communes de moins de 500 habitants pour les élections municipales de 2026.

Il y a un autre problème dans cette loi : pour les communes ou la parité est obligatoire, les candidates se font parfois rares alors qu’il reste nécessaire de présenter une liste paritaire. Les communes qui dépassent tout juste les 1000 habitants font passer des annonces pour recruter des femmes. Comment alors ne pas avoir la sensation d’être recrutée seulement pour « remplir les quotas » ? Les femmes ne se sentent pas valorisées pour leur potentiel et leur talent. Certaines femmes ne sont donc pas attirées par l’idée de rentrer dans des conseils municipaux. La mise en place de quotas résout le problème des inégalités femmes-hommes sur le court terme, mais ne le règle pas à long terme.

La responsabilité des femmes au sein de leur foyer empêche aussi la féminisation du rôle de maire. En 2010, les femmes effectuaient la majorité des tâches ménagères et parentales – respectivement 71 % et 65 % selon l'INSEE. La charge de travail qui les occupe en privé est difficilement compatible avec les responsabilités accolées aux élus locaux. D’un point de vue financier, le mandat d’élu local n’est pas considéré comme un véritable emploi et fait l’objet d’une indemnité et non d’un réel salaire. La somme de cette indemnité varie en fonction du nombre d’habitants dans la commune. Le maire d’une commune de moins de 500 habitants obtient une indemnité brute mensuelle de 661 euros. Celui d’une commune de 1000 à 4000 habitants obtient 1672 euros bruts par mois. Pour beaucoup d’élus, il n'est pas envisageable d’abandonner leur activité professionnelle pour se consacrer pleinement à leur mandat. Une triple pression survient donc : famille, emploi et mandat.

Du fameux "symbole de l'imposteur" découle aussi ce manque de femmes dans les fonctions municipales. Ce phénomène est commun à tou.te.s mais se retrouve principalement chez les femmes. Il provoque un sentiment d’illégitimité professionnelle ou personnelles et se traduit par un manque de confiance en soi, beaucoup de remise en question et de doutes. Dans ce cadre, certaines femmes ne se sentent pas à la hauteur pour se présenter et être élues dans les conseils municipaux. Elles ne vont pas se présenter aux élections ou si elles sont élues, ne vont pas oser demander les dossiers qui les intéressent, de peur de ne pas être assez compétentes. Ce sentiment est notamment dû à la socialisation. On apprend aux petites filles qu’elles doivent être parfaites, qu’elles doivent se mettre de côté, ne pas s’imposer, tandis qu’on invite les garçons à être courageux, à aller de l’avant, à se lancer...

Autre obstacle qui dissuade les femmes à se présenter : le cantonnement des élues à des fonctionnement traditionnellement « féminins ». La petite enfance, la culture ou encore la santé sont généralement attribués aux femmes. Comme l’explique Marlèle Coulomb-Gully: « Les femmes subissent une double ségrégation, verticale et horizontale. Verticale, car elles n’arrivent pas à monter et restent des adjointes. Horizontale, car elles restent cantonnées à des postes qui demeurent l’extension à la vie publique de leurs fonctions dans la vie privée : adjointes aux personnes âgées, à l’enfance, aux personnes âgées.[2] »

En attentant les résultats des élections municipales de 2020, on note un progrès depuis la première élection à laquelle les femmes ont pu participer en 1945. Les mairesses sont passées de 1% à 16% en 2014. Il reste tout de même un gros effort à faire du côté des maires. Notamment en considérant les femmes capables d’effectuer les mêmes fonctions que les hommes, car mieux que rien, ce n'est pas assez.

Cet article fut rédigé par Aude Barthe, rédactrice pour Feminists in the City- visites guidées féministes de Paris, Lyon et Bordeaux ouvertes à toutes et tous.

 

[1] Julie Rasplus, « Les femmes maires, une espèce rare dans les grandes villes », France Télévisions, 31/03/2014, https://www.francetvinfo.fr/elections/municipales/les-femmes-maires-une-espece-rare-dans-les-grandes-villes_564607.html

[2] Jean-Baptiste Doualas, « Les femmes ont raison de rechigner à se présenter aux municipales », 8 mars 2014, Slate.fr, http://www.slate.fr/france/83833/municipales-parite-listes

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