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Qui était Monique Wittig ?

par Julie Marangé, co-fondatrice de Feminists in the City

· Portraits de femmes

Monique Wittig naît en 1935 en Alsace dans une famille catholique et conservatrice d’origine modeste. Elle valide une licence de Lettres à la Sorbonne. Son premier roman, L’Opoponax, publié par les éditions de Minuit en 1964, attire l’attention des critiques lorsqu’il obtient le Prix Médicis. Elle se lance dans un doctorat qu’elle obtient en 1986, puis écrit une thèse sur le genre grammatical, et son articulation avec le genre social.
 
Monique Wittig est une écrivaine et femme lesbienne révolutionnaire, qui a largement marqué les esprits féministes avec son concept du “contrat hétérosexuel”. Ce contrat défend l’idée que l’hétérosexualité est un système politique basé sur la répartition binaire des être humains en classes de sexes selon des critères biologiques. A ces deux sexes sont attribués deux genres (féminin/masculin) auxquels correspondent des caractéristiques spécifiques (aime le rose/aime le bleu), des rôles sociaux (s’occupe des enfants /gagne de l’argent) et une orientation sexuelle. En ce sens, les femmes lesbiennes sont considérées par la société comme "hors-la-loi", puisqu'en dehors de la structure hétérosexuelle. Elle insiste ainsi sur la nécessité de détruire ce contrat hétérosexuel à des fins d'égalité.
 
Dès le mouvement de mai 1968 - qui ne prend guère les femmes en considération - Monique
Wittig pense le mouvement féministe à venir. Elle constate que les hommes ont davantage de
pouvoir que les femmes dans la lutte de mai 68, et milite pour un mouvement féministe en non-mixité. C’est dans ce climat qu’elle termine Les Guérillères, son œuvre la plus influente, publiée en 1969. Puis, Monique Wittig devient pionnière du Mouvement de Libération des Femmes (MLF). Elle était de celles qui ont déposé une gerbe sur la tombe du soldat inconnu en haut des champs-élysées à la mémoire de la veuve de celui-ci en 1970, arborant des panneaux portant la phrase: “il y a plus inconnu que le soldat inconnu, sa femme”. Cet évènement fut considéré comme acte fondateur du MLF.
 
Le MLF est un mouvement féministe autonome et non mixte qui revendique la libre disposition du
corps des femmes et remet en question le système patriarcal. Il remet en cause les formes de militantisme traditionnels, en fonctionnant par assemblées générales, petits groupes décentralises et possède un repertoire d'actions extra-parlementaires comme l'organisation de manifestations la création et signature de pétitions etc. Le MLF naît dans le courant de Mai 68, mouvement dominé par les hommes, qui ne donnaient guère la parole aux femmes. En 1971, Monique Wittig signe le Manifeste des 343 femmes ayant eu recours à un avortement, manifeste fondamental de la lutte pour le droit à l’avortement en France. Elle quitte Paris en 1976 pour les Etats-Unis.
 
La pensée de Monique Wittig irrigue encore les combats féministes actuels, de la langue française patriarcale aux carcans de genre qui assignent à des rôles dans la société comme dans l’intimité. Elle n’est cependant que rarement citée hors du cadre universitaire. Dans son premier roman L’Opoponax elle travaillera sur la langue, sur les pronoms: elle reconnaît l’existence d’une hiérarchie sexuée dans la langue française. La révolution, selon elle, passe aussi par les mots : il faut en ses termes "dérober au masculin l’universalité". Le politique et le littéraire sont, chez Monique Wittig, intimement liés.

Elle rejette un certain féminisme qui mythifie la femme et déclare, en 1978 : "les lesbiennes ne sont pas des femmes", la différence des sexes n’étant pour elle qu'une fiction politique dans un schéma
hétérosexuel. Par ailleurs, alors que de nombreuses écrivaines de son temps revendiquent une « écriture féminine », Monique Wittig, tout comme Simone de Beauvoir, refuse ce qu'elle considére comme réducteur vis-à-vis de son œuvre : « Il n'y a pas de littérature féminine pour moi, ça n'existe pas. En littérature, je ne sépare pas les femmes des hommes. On est écrivain ou pas. » A l'époque, le risque présenté par l'écriture inclusive ou féminine était de réduire les femmes à une certaine nature féminine.
 
Elle voyait donc une supercherie dans la distinction sexe-genre, et célébrait les femmes lesbiennes, luttant contre l’intersection des dominations du sexisme et de la lesbophobie.

Monique Wittig était aussi mère du féminisme lesbien - “le lesbianisme”, évoqué lors d'une visite de Feminists in the City sur les femmes révoltées de Paris. Très influent dans les années 1970 et au début des années 1980, le féminisme lesbien est une idéologie des lesbiennes politisées qui a offert aux femmes un nouveau langage politique pour penser la sexualité. L'argument principal est que la préoccupation hétérosexuelle des femmes pour les hommes maintient la domination des hommes dans nos sociétés. Les femmes ne devraient donc aimer que les femmes, et refuser de se soumettre au contrat social hétérosexuel. Dans Les Guérillères (1969) elle dépeint des femmes guerrières renversant le système patriarcal. Son travail a largement inspiré l'émergence de la théorie queer. Le féminisme lesbien s'est cependant érodé à la fin des années 1980.

Elle resta discrète concernant sa vie privée tout au long de sa vie. Elle meurt à l’âge de 67 ans d’une crise cardiaque en Arizona, où elle enseignait depuis de nombreuses années. Elle repose au cimetière du Père Lachaise, où Feminists in the City propose une visite guidée féministe.

Ce portrait fut réalisé par Julie Marangé, co-fondatrice de Feminists of Paris, avec le soutien de Claudine Monteil, historienne, autrice et diplomate française honoraire, militante au MLF dans les années 70.

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