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Le Paris insolite de Simone de Beauvoir

par Cécile Fara, co-fondatrice de Feminists in the City, sur les conseils de Claudine Monteil, marraine de Feminists in the City

· Histoire

"Peu m’importait de disposer d’une seule chambre, et qu’elle manquât de charme : j’avais Paris, ses rues, ses places, ses cafés." - Simone de Beauvoir, La Force de l’âge

Simone de Beauvoir est l’une des rares femmes célèbres à qui l’espace urbain parisien rend hommage. A son actif, elle compte – fait assez rare pour être mentionné – une passerelle dans le 13ème arrondissement, une place et plusieurs plaques commémoratives. Et pour cause, Simone de Beauvoir a eu un ancrage profond à Paris. Si des postes de professeure et de nombreux voyages l’ont emmenée aux quatre coins de la France et du monde, c’est à Paris qu’elle est née et qu’elle a vécu la majeure partie de sa vie.

Dans cet article, nous vous présentons, sur les conseils de Claudine Monteil, marraine de

Feminists in the City, amie et biographe de Simone de Beauvoir, les lieux parisiens qui ont rythmé sa vie et son quotidien. Un dimanche sur deux, nous rendons hommage à cette grande féministe du XXe siècle lors d’une visite consacrée à sa vie, qui vous permettra de découvrir certains des lieux qu’elle fréquentait.

1. La Rotonde, haut lieu du Montparnasse

Simone de Beauvoir est née le 9 janvier 1908 au 103, boulevard du Montparnasse, dans l'appartement de sa famille, qui est situé en haut du restaurant La Rotonde. Son enfance, aux côtés de ses parents, Françoise et Georges de Beauvoir, et de sa petite soeur, Hélène, est bourgeoise et très imprégnée par la religion catholique.

La famille Beauvoir vit dans cet appartement jusqu’en 1919. Elle déménage alors au 71 rue de Rennes, dans un appartement beaucoup moins confortable, qui n’a pas l’eau courante, des difficultés financières ne lui permettant plus de conserver le même mode de vie. Simone de Beauvoir, passionnante mémorialiste, a raconté son enfance dans le premier tome de ses Mémoires, intitulé Mémoires d’une jeune fille rangée. Elle explique notamment qu'à partir de ce moment-là, ses "rapports avec [s]a famille étaient [...] devenus beaucoup moins faciles qu’autrefois."

Au cours de sa vie, Simone de Beauvoir retournera déjeuner de temps en temps à la Rotonde, restaurant très apprécié des artistes et des intellectuel·le·s.

2. Le Cour Désir, la scolarité d'une jeune fille rangée

Le Cour Désir

Simone de Beauvoir au Cour Désir

Le Cour Désir est l’établissement catholique pour jeunes filles où Simone de Beauvoir a fait toute sa scolarité. C’est le lieu d’une rencontre marquante de la vie de Simone: le début de son amitié avec Elisabeth, dite Zaza, qui forme une grande partie de Mémoires d’une jeune fille rangée .

Elles sont issues d’un milieu semblable, même si la famille d'Elisabeth est plus riche. Elles sont toutes deux d’excellentes élèves. Zaza a une certaine réputation au sein de l’établissement. A la campagne, elle avait mis le feu à sa robe en faisant cuire des pommes de terre, ce qui lui avait causé une brûlure au 3ème degré et l'avait contrainte à rester alitée pendant un an.

Le Cour Désir est un établissement qui n'est pas réputé pour la qualité de son enseignement et Simone de Beauvoir va chercher à approfondir son esprit critique par elle-même, notamment en lisant beaucoup dans son temps libre. Elle remet en cause l’éducation religieuse qu’elle a reçue : “il m’était difficile de penser par moi-même car le système qu’on m’enseignait était à la fois monolithique et incohérent.”, écrit-elle dans Mémoires d'une jeune fille rangée.

Aujourd’hui, le cour Désir a disparu, mais juste à côté de l’endroit où il était situé, au 35 rue Jacob, se trouve la Librairie des Femmes, où on peut retrouver une grande quantité de livres écrits par des femmes.

3. Les Deux Magots et le Café de Flore, place à l'écriture

Simone de Beauvoir aux Deux Magots en 1944. (Robert DOISNEAU/RAPHO)

Simone de Beauvoir aux Deux Magots en 1944 © Robert DOISNEAU/RAPHO

Les Deux Magots et le Café de Flore ont été pendant longtemps des lieux privilégiés de travail et de rencontres littéraires. Ils ont joué un rôle important dans la vie de Simone de Beauvoir, théâtres de nombreux moments cruciaux de son existence, qu’on peut retrouver dans ses écrits autobiographiques. D’ailleurs, une des salles des Deux Magots porte le nom d’un des livres de Simone de Beauvoir, Les Mandarins.

Dans Mémoires d’une jeune fille rangée, elle raconte que son ami Nizan les emmenait, elle, Sartre et Herbaud, ses camarades normaliens, “au triste café de Flore afin de jouer un tour aux Deux Magots”. Elle explique être allée “boire une citronnade au Café de Flore qui n’était alors qu’un petit café de quartier". Difficile à imaginer aujourd'hui, alors que ces cafés très réputés attirent foule de parisien·ne·s et de touristes avides de retrouver l'ambiance des cafés littéraires du XXe siècle.

C’est au Café de Flore qu’elle rédige les premiers jets du Deuxième Sexe, ouvrage clé du féminisme, publié en 1949. C’est, par ailleurs, aux Deux Magots, cette même année, qu’elle est huée et insultée par des clients à l’occasion de la publication du Deuxième Sexe.

La place devant le café des Deux Magots a été nommée "Jean-Paul Sartre-Simone de Beauvoir", en souvenir de ceux qui y ont passé tant de moments d’effusion intellectuelle et de partage.

4. L'hôtel la Louisiane, lieu de vie pendant la Guerre

Cet hôtel situé au 60 rue de Seine est le lieu de vie de Simone de Beauvoir entre 1943 et 1946. En 1943, elle publie l’Invitée, son premier roman débuté en 1937, inspiré du ménage à trois qu’elle a vécu avec Jean-Paul Sartre et Olga Kosakiewicz. Elle habite alors une petite chambre, et Claudine Monteil nous a raconté qu’elle garait sa bicyclette dans sa chambre ! Pendant la journée, elle se rend au Café de Flore, qui se situe à quelques minutes de marche.

Dans La Force des choses, elle écrit : "Je m’efforçais d’y arriver dès l’ouverture pour occuper la meilleure place, celle où il faisait le plus chaud, à côté du tuyau de poêle". En effet, pendant la Guerre, les cafés étaient l'un des rares lieux où les habitant·e·s de Paris pouvaient profiter du chauffage.

5. La Rhumerie, bar à cocktails au coeur de

Saint-Germain-des-Prés

La Rhumerie est un bar à cocktails et restaurant du quartier de Saint-Germain-des-Prés, où Simone de Beauvoir aimait passer du temps avec ses ami·e·s. Si elle écrivait toute la journée dans les cafés, elle n’hésitait pas à sortir le soir, dans les bars de son quartier bien aimé. À partir des années 1940, avec notamment la publication de son premier roman, L’Invitée, Simone de Beauvoir a une vie mondaine et se lie d’amitié avec de nombreuses personnalités en vogue, comme Boris et Michelle Vian, qu'elle retrouve au restaurant Le Procope.

6. L'appartement de la rue Schœlcher, lieu de rendez-vous intimes et politiques

Simone de Beauvoir dans son appartement

Simone de Beauvoir dans son appartement en 1968 © Radio France / Jacques Pavlovsky/Sygma

Sur la devanture de l’immeuble, une plaque commémorative nous informe que "Simone de Beauvoir, 1908-1986, auteur du Deuxième Sexe, écrivain, philosophe vécut dans cette maison de 1955 à 1986".

Cet appartement est un lieu fondamental de la vie de Simone de Beauvoir. Après avoir obtenu le prix Goncourt pour les Mandarins en 1953, elle peut enfin s’acheter son propre appartement, rue Schoelcher. L’appartement a abrité les moments les plus intenses de la vie de Simone de Beauvoir, notamment son amour avec Claude Lanzmann, ses soirées avec Sartre, l’équipe des Temps Modernes, et les dimanches après-midis consacrés au Mouvement de Libération des Femmes.

C’est là-bas que Claudine Monteil a rencontré pour la première fois Simone de Beauvoir, qu’elles ont discuté des heures durant, entre femmes, aux actions qu’elles allaient mener pour les droits des femmes, là qu’elles ont rédigé le Manifeste des 343 femmes qui ont osé dire tout haut qu’elles avaient eu recours à l’avortement, alors interdit par la loi…

Claudine Monteil nous a raconté que cet appartement, un ancien atelier de peintre, était très haut sous plafond avec de grandes fenêtres. Simone de Beauvoir possédait de nombreuses poupées en costumes traditionnels , une collection qui venait du monde entier, qu'elle avait complétée au gré de ses voyages : elles étaient placées debout sur des étagères et semblaient observer les invité·e·s.

7. La Coupole, les déjeuners quotidiens avec Jean-Paul Sartre

Les amants de la liberté Claudine Monteil

Claudine Monteil, Les Amants de la Liberté. L'aventure de Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir dans le siècle.

Editions 1, Calmann-Levy, 1999

Claudine Monteil raconte dans son livre Les amants de la liberté. L’aventure de Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir dans le siècle, que pendant près de trente ans, les deux philosophes déjeunaient quotidiennement à la Coupole, restaurant du quartier du Montparnasse. Ils arrivaient à 13h45, après avoir travaillé sans relâche pendant toute la matinée. Deux tables les attendaient au fond de la salle et ils s’asseyaient côte à côte sur la banquette, où ils pouvaient observer les autres client·e·s en train de finir de déjeuner.

Quand ils entraient, tout le monde s’arrêtait de discuter et ils traversaient lentement la salle, pour atteindre leur table. La table à côté de la leur était toujours vide, leur offrant une intimité bien appréciée. Après mai 68, des policiers en civil obligent les propriétaires de la Coupole à leur réserver la table à côté de celle des deux intellectuels, mais ceux-ci n’hésitent pas à changer de table pour pouvoir discuter sans être écoutés.

A quelques exceptions près, Simone de Beauvoir a passé la majeure partie de sa vie sur la Rive Gauche de la Seine, entre le quartier du Montparnasse, où elle vivait, et Saint-Germain-des-Prés, où elle écrivait et rencontrait ses ami.e.s, profitant de l’agréable atmosphère des cafés et des bars du quartier. Pour découvrir le Paris de Simone de Beauvoir « en vrai », rejoignez-nous le dimanche à 14h30 lors de notre visite guidée qui lui est consacrée.

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