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FEMEN: pourquoi avons-nous besoin d'elles?

Par Molly Marchand, rédactrice Feminists in the City

· Débats

Les féministes FEMEN se définissent elles-mêmes comme « un mouvement international de femmes composé de courageuses activistes aux seins nus portant des slogans peints sur leur corps et couronnées de fleurs. » (1) . Ce groupe féministe radical aux slogans percutants à l’image du fameux « Every woman is a Riot », est souvent résumé à ses militantes manifestant en topless. Mais que représente vraiment cette organisation si importante dans l’histoire du féminisme ? Quelle est leur place au sein de la lutte féministe ? Feminists in the City revient sur la fondation de ce mouvement très médiatisé mais mal connu, visible mais mal compris.

Histoire d'un mouvement

FEMEN est un groupe d’activistes féministes radicales fondé en 2008 à Kiev en Ukraine par trois jeunes militantes : Anna Hutsol, Oksana Chatchko et Oleskandra « Sacha » Shevchenko. S’il est, à l’origine, un mouvement national, FEMEN prend rapidement de l’ampleur et s’étend en quelques mois à de nombreux autres pays. Ses membres sont engagées dans plusieurs luttes, principalement contre l’exploitation des femmes par la société patriarcale, la prostitution et le tourisme sexuel. Suite à plusieurs actions coup de poing qui restent dans les mémoires, le groupe FEMEN est entre les années 2012 et 2014 à son apogée. Bien qu’il se heurte à certaines polémiques et perde de la visibilité, sa présence au sein des mouvements féministes est toujours avérée. Sa présidente actuelle à l’international est Inna Shevchenko

Inna FEMEN

Inna Shevchenko (FEMEN), photo via son Instagram

Leur combat contre « les valeurs patriarcales qui imprègnent la plupart des sociétés industrialisées »

L’analyse du contexte historique et géopolitique dans lequel le mouvement s’est formé est cruciale pour comprendre l’importance d’un tel mouvement. En effet, durant les années 2000, l’Ukraine post-communiste en pleine transformation est confrontée aux valeurs libérales du monde occidental. L’écart entre les deux visions a de nombreux effets notamment sur le plan politique marqué par la Révolution orange, vague de manifestations à la suite d’une élection jugée truquée par la population. C'est également le cas sur le plan social, avec l’explosion de l’industrie du sexe dans le pays.

C’est dans cette situation particulièrement complexe et tendue que naît le groupe FEMEN, qui mène dès le début des combats liés à la lutte pour les droits des femmes. Il s’élève alors contre tout ce qu’il considère comme « les valeurs patriarcales qui imprègnent la plupart des sociétés industrialisées », autrement dit les formes de domination imposées par le patriarcat. Leur révolte se concentre autour de 3 axes majeurs que sont la dictature, l’industrie du sexe et la religion.

La dictature est vue par le mouvement FEMEN comme une organisation hiérarchique verticale autoritaire qui entrave les libertés individuelles, particulièrement celles des femmes. Mais ces dernières sont, pour le groupe féministe, également objectifiées par l’industrie du sexe qui, à l’aide du système prostitutionnel, de la pornocratie et de la publicité, utilise le corps féminin comme une marchandise. Enfin, si les activistes FEMEN disent respecter la liberté de croyance de chacun.e, elles refusent la soumission à un dogme religieux. Leurs combats relèvent donc des domaines politiques, sociaux et religieux, et englobent plusieurs facettes de la société actuelle.

Afin de sortir de ce système patriarcal oppressant, le mouvement FEMEN met en lumière l’importance de la défense des droits humains et donc des femmes. Mais pour le groupe militant, les solutions se trouvent aussi dans l’éducation, l’indépendance économique et l’accès au travail de la partie féminine de la population.

Si leurs revendications sont éminemment féministes, elles considèrent aussi que leurs messages, pour être véritablement entendus et pris en considération, doivent passer par l’action des femmes devant se réapproprier leur propre corps.

Des moyens d’actions jugés radicaux

Historiquement, le mouvement FEMEN possède une esthétique forte. La caractéristique la plus souvent évoquée est celle de la poitrine nue peinte de slogans. Il s’agit pour les activistes du groupe d’encourager l’émancipation des femmes par la libération de leur corps. Ce dernier n’est donc plus sexualisé mais utilisé comme un outil de résistance. Mais d’autres signes distinguent les militantes FEMEN, telles que la posture guerrière, ode à la combativité active, le maquillage exagéré qui renverse les codes de la beauté ou la couronne de fleurs. Ce dernier attribut, emprunté au costume traditionnel ukrainien, ne pouvait être porté selon la coutume que par des jeunes femmes « innocentes », c’est-à-dire vierges. Il a donc été détourné pour critiquer le patriarcat. A l’aide de ces symboles, Anna Hutsol, l’une des fondatrice des FEMEN affirme qu’a été « inventé une façon unique de nous exprimer, basée sur la créativité, le courage, l’humour, l’efficacité, sans hésiter à choquer. » (2)

En plus de posséder une image propre, le mouvement FEMEN s’illustre également par l’organisation d’actions souvent considérées comme spectaculaires, s’approchant des happenings. Ces dernières suivent une forme de féminisme radical nommée « Sextrémisme » par les militantes. Leur objectif est alors de « tester la démocratie et le niveau de liberté du pays » (3) dans lequel se déroulent leurs protestations. Pour leur première manifestation en 2008, les membres du groupe s’étaient ainsi déguisées en prostituées pour dénoncer le système prostitutionnel en Ukraine. Néanmoins, bien que leurs actes puissants restent pacifiques, ils sont parfois punissables par la loi. En France, l’article 222-32 du code pénal interdisant « l’exhibition sexuelle imposée à la vue d’autrui dans un lieu accessible au regard du public » est souvent évoqué lors de manifestations seins nus réalisées par des FEMEN.

Leur attitude provocatrice et leurs méthodes jugées radicales leur valent de nombreuses critiques de la part de leurs détractrices et détracteurs, mais assurent paradoxalement une certaine attention médiatique. Cette recherche consciente de médiatisation fait partie intégrante de la stratégie du groupe féministe qui y voit un moyen efficace de délivrer leurs revendications.

feminisme radical FEMEN

Une place parmi les autres mouvements féministes

Faisant indéniablement partie des mouvements féministes, au regard des luttes menées, FEMEN se retrouve pourtant souvent au cœur de polémiques et ses moyens d’actions sont remis en cause, parfois même par d’autres groupes ou personnalités féministes. Si lors de l’arrivée des FEMEN en France dans les années 2010, les dirigeantes de certaines organisations féministes à l’instar d’Asma Guenifi, présidente de Ni Putes Ni Soumise nuancent déjà leur avis sur leur relation aux médias, d’autres féministes ont été plus catégoriques par la suite. Le Collectif les TumulTueuses, qui manifeste aussi seins nus mais dans les piscines parisiennes, déplore en particulier l’exclusion selon elles de certaines femmes des luttes et le fait de ne pas « s’adresser aux femmes » (4) en utilisant des « discours virilistes » (4) . Mona Chollet, journaliste suisse et autrice du célèbre Sorcières : La puissance invaincue des femmes, va encore plus loin en expliquant dans son article publié dans Le Monde diplomatique : « FEMEN partout, féminisme nulle part », comment les actions du groupe FEMEN tendent à fragiliser les discours des autres mouvements féministes. La nudité systématique comme manière d’attirer l’attention de la presse fait également débat.

Cependant, nombres de leurs objectifs se rapportant à l’abolition d’un système patriarcal trouve écho dans les valeurs féministes, leur apportant aussi plusieurs soutiens. D’autres groupes militants évidemment mais également des personnalités publiques, et notamment politiques soulignent leur investissement pour la lutte. C’est le cas de l’ex-ministre des droits des femmes Laurence Rossignol qui tweete à la suite d’une de leurs actions en Novembre 2019 : « Les Femen c’est le courage politique et le courage physique ! Respect ! ». Récemment, Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, assurait dans une lettre ouverte condamner la « sexualisation systématique de la nudité féminine et le contrôle social qui l’accompagne », soutenant ainsi FEMEN. Elle faisait ainsi directement référence au délit pour exhibition sexuelle pour lequel les militantes FEMEN sont souvent assignées en justice.

Le mouvement des FEMEN, s’il a pu soulever, et soulève encore de nombreuses polémiques, représente un véritable apport historique pour la lutté féministe. L’impact qu’il a eu sur la conscience collective, bien que complexe ou plutôt progressif, n’en reste pas moins réel. Souvent critiquées pour leurs actions controversées, accusées ne pas véritablement réussir à faire bouger les mentalités, les militantes FEMEN ont pourtant contribué à faire évoluer le regard public sur le féminisme et ses principaux combats. Elles aussi luttent pour de droit des femmes en scandant haut et fort « My body is my Weapon ». Et Feminists in the City leur dit MERCI !

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