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Audur Ava Ólasdóttir, le féminisme nordique en littérature

Recommandation de lecture par Feminists in the City

· Pop culture,Portraits de femmes

Miss Islande, qui a obtenu le Prix Médicis du roman étranger, est le sixième roman d’Audur Ava Ólafsdóttir, écrivaine islandaise. Ses autres romans, Le rouge vif de la rhubarbe (1998), L’Embellie (2004), Rosa Candida (2007), L’Exception (2012), et Ör (2016), sont des voyages initiatiques, des découvertes de l’Islande aux contours poétiques.

Miss Islande, Audur Ava Ólafsdóttir, Editions Zulma

Miss Islande, d'Audur Ava Ólafsdóttir, Editions Zulma

Nous sommes en 1963 et suivons les pas d’Hekla, jeune écrivaine islandaise de 21 ans, des Dalirs à la capitale, Reykjavik. Déjà publiées dans plusieurs journaux renommés, elle retrouve ses deux meilleurs amis. Jón John souffre de ne pas être accepté par la société islandaise en raison de son homosexualité. Isey, elle, s’est mariée lorsqu’elle s’est retrouvée enceinte et se plie aux conventions sociales, noircissant des pages dans son carnet tout en s’occupant de sa fille et de son appartement, dans lequel ne s’infiltre pas un seul rayon de soleil en hiver.

La force des personnages créés par Audur Ava Ólafsdóttir réside dans leurs personnalités déroutantes, dans leur manière inattendue de voir le monde, mais aussi dans le fait qu’il s’agit d’invisibles, de marginaux. Elle dit elle-même : « Dans mes romans j’ai choisi de donner une voix à ceux qui n’en n’ont pas ». Elle leur donne une identité, une voix, et nous offre de nouveaux modèles de société, où l’humanité prend le dessus sur les apparences. Ses livres ne sont pas épais, mais elle a le talent de donner à ses personnages, en quelques mots, une vie intérieure sans limite, qui peut désarçonner ses lecteur.rices. Selon ses propres mots, « la poésie réside dans la vie quotidienne ».

« La poésie réside dans la vie quotidienne. » - Audur Ava Ólafsdóttir

Les personnages féminins ont un rôle primordial dans son œuvre. Hekla est une passionnée d’écriture, bouillonnante d’imagination, d’une puissance créative impressionnante : elle tient d’ailleurs son prénom d’un volcan islandais. Indifférente au regard des autres, elle ne se laisse aucunement influencer par les hommes qui lui proposent, à la place d’écrire, de concourir pour le « prestigieux » titre de Miss Islande.

La révolte d'Hekla contre la société est silencieuse, elle réside dans ses choix de vie : écrire, même s’il faut utiliser un pseudonyme d’homme pour être publiée, refuser le mariage de raison et la maternité, et se consacrer corps et âme à sa passion. Cependant, certaines réflexions sont ouvertement féministes et soulignent les inégalités tranchantes qui subsistaient dans les années 1960, en Islande et ailleurs : « Les hommes écrivains sont des poètes nés et ils deviennent des génies vers l’âge 13 ans, mais les femmes écrivains naissent avec un corps et tombent enceintes ».

Dans ses autres romans, on retrouve des femmes déterminées, fortes, qui tirent une puissance des coups bas de leur existence. Dans l’Embellie, l’héroïne part faire le tour de l’Islande avec un enfant autiste, alors qu’elle vient de rompre simultanément avec son mari et son amant.

Ses romans contiennent également des personnages masculins qui défient les stéréotypes de genre.

« L'image de l'homme que reflètent les médias, la publicité et les films est unilatérale. Ça peut être difficile de s'y identifier. Avec Rosa candida, j'ai voulu montrer qu'il y a d'autres types d'hommes », avait-elle déclaré au journal la Presse. En effet, le personnage principal trouve du sens à son existence à travers la paternité et, au contact de son enfant, développe une sensibilité qui tranche avec les diktats de la masculinité, que les féministes nomment « masculinité toxique ». Ör appelle également à une réflexion sur la masculinité, à travers l’histoire d’un homme suicidaire qui se pose des questions sur son existence.

"L'image de l'homme que reflètent les médias, la publicité et les films est unilatérale. Ça peut être difficile de s'y identifier. Avec Rosa candida, j'ai voulu montrer qu'il y a d'autres types d'hommes"

- Audur Ava Ólafsdóttir

Comme le dit Audur Ava Ólafsdóttir : « un texte innocent, ça n’existe pas. » Ses romans nous permettent d’imaginer des alternatives, des modèles de vie en dehors des sentiers battus, et nous rappelle que l’extraordinaire est à notre portée, mais que nous sommes peut-être tout simplement incapables de le saisir.

De par son expérience personnelle, d’autrice traduite dans plusieurs langues, à qui on a décerné le prestigieux Nordic Literature Council Prize, qui récompense les plus grand.e.s écrivain.e.s des cinq pays nordiques, de par la détermination et l’originalité de ses personnages féminins, qui ne rentrent pas dans les rangs, Audur Ava Ólafsdóttir nous montre qu’une femme peut être ce qu’elle souhaite et ambitionne d’être.

Sources:

Laila Maalouf (27 mars 2017) "Audur Ava Ólafsdóttir: une écrivaine d'exception", La Presse (lien)

Editions Zulma, Miss Islande (lien)

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