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5 femmes scientifiques qui ont marqué leur siècle

par Cécile Fara, co-fondatrice de Feminists in the City

· Portraits de femmes

Si les femmes sont majoritaires dans l’enseignement supérieur, représentant 55% du corps étudiant entre 2018 et 2019, elles demeurent sous-représentées dans les disciplines scientifiques, qui recensaient 38% de femmes entre 2018 et 2019. En école d’ingénieurs, il y avait 27,7% de femmes entre 2018 et 2019, tandis que sur la même période, à l’université, il y avait 38,4% de femmes dans les formations scientifiques1.

Lorsqu’on pense aux femmes scientifiques, un nom nous vient presque instinctivement : Marie Curie, deuxième femme panthéonisée, dont nous parlons lors de notre visite sur les femmes puissantes de Paris. Cependant, de nombreuses autres femmes nous offrent des exemples de réussite dans le domaine scientifique, et ce à plusieurs époques. Dans ce blog, nous avons décidé de vous raconter les destins de femmes qui, à différents moments de l’Histoire, ont fait des découvertes scientifiques fondamentales !

Agnodice, médecin(e) légendaire à Athènes

On découvre la légende d’Agnodice, née dans une riche famille d’Athènes, en 350 avant Jésus-Christ dans la 274ème des Fabulae d’Hygin. À cette époque, les femmes n’ont ni le droit d’étudier et pratiquer la médecine, ni d’être sages-femmes, et c’est en se travestissant qu’elle accède aux cours du réputé médecin Hérophile à l’école de médecine d’Alexandrie. Elle obtient même la première place à l’examen et choisit de se spécialiser en gynécologie, tout en continuant à se travestir pour exercer sa profession. Une fois, elle aurait révélé son sexe à une patiente qui refusait qu’elle la soigne, pensant qu’elle était un homme.

Sa popularité est telle qu’elle va attiser la jalousie de ses confrères, qui vont diffuser une rumeur selon laquelle elle utiliserait son statut privilégié pour séduire ses patientes mariées. Pressée de s’expliquer devant les juges de l’Aéropage, Hygin raconte qu’elle « releva sa tunique et montra qu’elle était une femme ». Les juges l’accusent ainsi de pratiquer illégalement la médecine et veulent la condamner à une lourde peine. C’est alors que les épouses des citoyens de la haute-société athénienne prennent la défense d’Agnodice : elles se sentent mal à l’aise, voire honteuses, avec un homme médecin, et préféreraient se laisser mourir que de faire appel à ses services. Grâce à cette intervention, Agnodice est non seulement acquittée, mais les juges lui confèrent le droit de continuer à pratiquer la médecine. L’année suivante, ils votent même une loi autorisant les femmes athéniennes à étudier et pratiquer la médecine.

La véracité de l’existence d’Agnodice est contestée : les Fabulae d’Hygin sont avant tout un recueil de mythes et d’histoires populaires. Cependant, elle a offert une justification historique aux femmes qui ont lutté pour accéder aux études pour être sage-femme, puis médecin. Sophia Jex-Blake, qui a réussi à être admise à l’Université d’Edimbourg en 1869 et a été la première femme à pratiquer la médecine en Ecosse, a utilisé l’exemple d’Agnodice pour prouver que la médecine était une profession accessible et convenable pour les femmes2.

Pour en savoir plus sur l’histoire d’Agnodice, nous vous conseillons ce court épisode de 3 minutes de l’adaptation animée des Culottées de Pénélope Bagieu.

Agnodice, Sage-femme athénienne, gravure extraite de la  Biographie des sages-femmes célèbres, anciennes, modernes, contemporaines, d'A. Delacoux, (1833).

Agnodice, Sage-femme athénienne, gravure extraite de la 

Biographie des sages-femmes célèbres, anciennes, modernes, contemporaines, d'A. Delacoux, (1833).

Emilie du Châtelet, intellectuelle du siècle des Lumières

Emilie du Châtelet est une mathématicienne et physicienne française, née en 1706 et est décédée en 1749, des suites d’un accouchement difficile. Elle est reconnue pour sa traduction du travail d’Isaac Newton sur la mécanique classique, qui est toujours utilisée aujourd’hui. C’est Voltaire, avec qui elle a entretenu une liaison pendant de nombreuses années, qui s’assure de la publication de ce texte, dix ans après la mort d’Emilie.

Elle a également écrit des textes littéraires et philosophiques, notamment son Discours sur le bonheur. Ce texte, qui n’avait pas pour but d’être publié, l’a été 30 ans après sa mort. Elle écrit, notamment, que l’étude est une manière, pour les femmes, de se soigner de leurs déceptions dues aux inégalités femmes-hommes. Émilie du Châtelet, de par son genre, n’a pas pu avoir accès aux mêmes enseignements que les hommes de la période des Lumières. Les femmes n’étaient pas sensées s’intéresser à des sujets considérés comme masculins, tels que les sciences ou les mathématiques. C’est pour cela qu’elle a dû apprendre ces sujets en autodidacte, et souvent s’appuyer sur la notoriété et l’éducation des hommes de son entourage, comme Voltaire. En 1737, elle concourt au prix de l’Académie des sciences, alors que les femmes se voient interdire l’accès à cette institution. Son texte est imprimé par l’Académie des sciences, ce qui en fait le premier écrit par une femme à l’être.

Aujourd’hui, l’Institut Émilie-du-Châtelet est le premier centre de recherche français voué aux problématiques des études portant sur le genre. Nous vous parlons d'Emilie du Châtelet et des femmes du siècle des Lumières pendant notre visite sur les femmes révoltées de Paris.

Gabrielle Émilie Le Tonnelier de Breteuil, marquise du Châtelet, par Maurice-Quentin de La Tour

Angélique du Coudray, sage-femme enseignante au XVIIIe siècle

Née en 1714 à Clermont-Ferrand, Angélique du Coudray part faire ses études de sage-femme à Paris, où elle travaille ensuite pendant seize ans, avant de retourner en Auvergne pour donner des cours aux femmes pratiquant les accouchements dans les campagnes.

En 1759, elle publie un Abrégé de l’Art des Accouchements, manuel à destination de ses élèves, et fabrique des mannequins, qu’elle nomme « La Machine de Madame Du Coudray », qui leur permettent de s’exercer au cours de leur formation. Ces mannequins en toile sont très réalistes, en grandeur réelle, et permettent de bien identifier l’anatomie reproductive de la femme mais aussi celle du nouveau-né. Elle avait également consacré une partie de son enseignement au cas des jumeaux et des jumelles, dont la naissance était particulièrement risquée à l’époque.

En 1759 également, Louis XV lui décerne un brevet royal lui donnant l’autorisation d’enseigner dans tout le Royaume et grâce auquel elle voyagera pendant plus de 25 ans à travers la France pour donner des cours. Si, selon l’historienne Nathalie Sage-Pranchère, les sages-femmes ont transféré leur savoir et savoir-faire à des élèves avant le XVIIIe siècle, Angélique du Coudray est la première à avoir formé un nombre important d’élèves, pas moins de 5000 femmes, au cours de sa carrière, mais également des chirurgiens. À cette époque, la mortalité lors des accouchements est très haute, à l’instar d’Emilie du Châtelet, et Angélique du Coudray joue un rôle clé dans son recul. Elle a largement participé à théoriser l’accouchement et à l’intégrer dans une pratique plus large de la médecine.

Si vous souhaitez en savoir plus sur Angélique du Coudray, nous vous conseillons d’écouter l’