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5 femmes résistantes hors-normes

Par Molly Marchand, Rédactrice pour Feminists in the City

· Histoire

Il y a 75 ans de cela, le 8 mai 1945, le bourdonnement des cloches résonnant partout en France annonçait officiellement la fin de la Seconde Guerre Mondiale, marquée par la capitulation de l’Allemagne nazi. En ce jour de commémoration, Feminists in the City a souhaité rendre hommage à quelques-unes des figures féminines de la Résistance dont les noms ont été effacés des livres d’histoire, mais qui restent pourtant des symboles de toute une génération de femmes et des modèles pour celles à venir.

Marcelle Henry, la travailleuse en cheffe

Marcelle Henry femme résistante

Après des études d’histoire-géographie et un poste de professeure d’anglais durant la Première Guerre Mondiale, Marcelle Henry (1895 – 1945) entre au ministère du Travail. Elle suit ainsi la voie tracée par son père, ancien inspecteur du Travail, décédé quelques années auparavant. Embauchée comme auxiliaire temporaire, elle gravit rapidement les échelons, est titularisée et devient tour à tour rédactrice, sous-chef de bureau et enfin directrice du bureau de l’Hygiène et de la sécurité des travailleurs de la Direction du Travail en 1937.

Alors que l’armistice est signé entre la France et l’Allemagne, établissant le début de l’occupation partielle du territoire français par l’ennemi, Marcelle Henry se rapproche de la Résistance. Elle s’implique personnellement en entreposant chez elle des tracts qu’elle distribue ensuite dans les usines et dissimule des réfugiés poursuivis, mais utilise également sa position au ministère pour transmettre des informations. Incorporée aux Forces françaises combattantes en 1943 en tant qu’agente de liaison pour les services secrets, elle devient membre du réseau d’évasion VIC, qui organise l’évasion d’officiers français et alliés.

Elle est arrêtée en juillet 1944 à son domicile par la Gestapo qui recherche son supérieur, le commandant Jacques Mitterrand. Restée silencieuse même sous la torture, qu’elle subit pendant ses interrogatoires, elle est tout d’abord condamnée à mort avant d’être finalement déportée dans le camp de concentration de Ravensbrück en août de la même année, puis à Torgau. Elle y subit de nombreuses privations pour manque de coopération, ce qui lui coutera la vie quelques mois après la libération du camp par la Croix-Rouge en avril 1945. Marcelle Henry décède quelques semaines après son rapatriement, à Paris.

Elle reçoit plusieurs récompenses à titre posthume, devient l’une des 6 femmes (pour 1032 hommes) à être faite Compagnon de la Libération et est finalement nommée sous-directrice honoraire au ministère du Travail et de la Sécurité sociale en 1946. Ce dernier titre rend hommage à son courageux engagement et à son exceptionnelle carrière.

Emilienne Moreau-Evrard, l’emblème de 2 guerres mondiales

Emilienne Moreau-Evrard femme résistante

Fille de mineur à la retraite, Emilienne Moreau-Evrard (1898 – 1971) n’a que 17 ans lorsqu’elle décide d’apporter son aide aux troupes britanniques alliées venues reprendre le Nord de la France aux allemands en 1915. En leur transmettant des informations précieuses sur les positions ennemies, en établissant avec un médecin écossais un poste de secours dans sa propre maison et en allant même jusqu’à abattre 4 soldats allemands pour protéger les lieux, la jeune Emilienne Moreau-Evrard devient une héroïne de la Grande Guerre. S’engageant dans la politique au côté de son mari durant l’entre-deux-guerres, elle occupe le poste de secrétaire générale des femmes socialistes du Pas-de-Calais lorsque le deuxième conflit mondial éclate.

Connue par les Allemands pour son acte de bravoure pendant la Première Guerre Mondiale, elle est aussitôt placée en résidence surveillée chez sa mère, avant d’être autorisée à rejoindre sa famille en 1940. Elle s’engage alors immédiatement dans la résistance, échangeant tracts et renseignements puis gagne Lyon en zone libre pour devenir agente de liaison des réseaux Brutus et la France au Combat, dirigés par des grands noms de la Résistance française, en 1943. Echappant à de nombreuses arrestations de la Gestapo, elle est contrainte de fuir le pays, mais ne reste à l’étranger que quelques semaines avant de rentrer en France pour reformer avec son mari les sections socialistes du Pas-de-Calais.

A la fin de la guerre et jusqu’en 1963, Emilienne Moreau-Evrard continue à œuvrer en politique. Elle devient membre du comité directeur du Parti socialiste SFIO et conseillère honoraire de l’Assemblée de l’Union française.

Considérée comme une figure de courage, elle est récompensée par de nombreuses médailles pour ses actions entre 1914 et 1945. Elle reçoit notamment la Croix de la Libération des mains du Général De Gaulle en 1945 et est également nommée Compagnon de la Libération. Elle symbolise l’héroïsme de destins féminins qui ont traversé deux guerres mondiales en continuant à se battre pour leurs idéaux.

Rose Valland, la défenseuse des Arts

Rose Valland femme résistante

Accédant aux études supérieures grâce aux bourses mandées par sa mère, Rose Valland (1898 – 1980) suit d’abord une formation dans l’enseignement avant de se réorienter vers les beaux-arts, encouragée par ses professeurs. Elève à l’Ecole nationale des Beaux-Arts de Lyon puis à celle de Paris, elle souhaite compléter son parcours en assistant à des cours d’histoire de l’Art. Elle obtient alors plusieurs diplômes dans 3 des plus prestigieux établissements parisiens que sont l’Ecole du Louvre, l’Institut d’Art et d’Archéologie et l’Ecole pratique des hautes études. En 1932, elle intègre la Galerie Nationale du Jeu de Paume en qualité d’attachée bénévole et participe à la réalisation d’expositions à portée internationale.

Peu avant le début de la Seconde Guerre Mondiale, Rose Valland prend part au plan de protection et d’exfiltration des œuvres d’Art françaises orchestré par Jacques Jaujard, figure emblématique du milieu de la Culture de l’époque. Titularisée en 1940, la jeune femme joue un rôle essentiel en identifiant et listant minutieusement pour le compte de la Direction des Musées Nationaux toutes les œuvres d’art spoliées par les allemands qui transitent par le Jeu de Paume, réquisitionné par ces derniers pour entreposer les biens volés. Elle transmet également de précieuses informations aux différents groupes de résistant(e)s, leur permettant d’épargner les trains et entrepôts allemands contenant peintures et sculptures. Lorsqu’une majeure partie de la France est finalement libérée en 1944, Rose Valland est nommée secrétaire à la Commission de récupération artistique puis cheffe du service de remise en place des œuvres d’Art, gradée au rang de capitaine dans la Première armée française. Ce poste lui offre l’opportunité de partir en Allemagne et de coopérer avec les forces américaines pour veiller au bon retour de quelques 60000 œuvres appartenant aux collections françaises.

Elle acquiert en 1952 le statut de conservatrice et travaille aux fonds d’archives de la Commision de récupération artistique même après avoir pris sa retraite.

Son dévouement lui vaut de nombreux honneurs décernés par plusieurs pays comme les Etats-Unis qui lui remettent la remarquable médaille de la Liberté. En France, elle obtient la médaille de la résistance française et le titre de Commandeure des Arts et des Lettres. Elle reste pour le monde de la Culture, une véritable sauveuse du matrimoine et patrimoine.

Simone Michel-Lévy, la résistante sur les ondes

Simone Michel-Lévy femme résistante

Simone Michel-Lévy (1906 – 1945) est embauchée dans l’administration des Postes, Télégraphes et Téléphones (PTT) en 1924 alors qu’elle n’est âgée que de 16 ans. Devenue contrôleuse-rédactrice quelques années plus tard, elle s’engage dans la Résistance dès 1940.

Usant de sa situation professionnelle, elle cofonde le réseau Action PTT. Celui-ci a pour objectif d’implanter des cellules de communication d’informations et de transmission radio sur l’ensemble du territoire, et plus particulièrement en Normandie. Très rapidement promue responsable du service radio, elle effectue de nombreux déplacements pour équiper plusieurs groupes de résistants en matériel radiophonique. Elle se rapproche ensuite de réseaux tel que la Confrérie Notre-Dame (CND) pour qui elle élabore un système de transport de courriers clandestins.

Dévouée à la cause, Simone Michel-Lévy prend de nombreux risques mais ce n’est qu’en novembre 1943, après avoir été dénoncée par le chef-opérateur radio du CND, qu’elle est arrêtée, torturée et livrée à la Gestapo. Elle est déportée dans le camp de concentration de Ravensbrück mais part vite renforcer les rangs de prisonniers travaillant dans une usine d’armement au Kommando de Holleischen en Tchécoslovaquie. S’adonnant avec quelques collègues au sabotage d’équipements mécaniques, elle se met parfois physiquement en danger pour perpétuer la résistance. Lorsqu’une machine saute finalement, elle et ses 2 complices sont condamnées par Himmler lui-même à la pendaison dans le camp de Flossenburg. Leur exécution a lieu en avril 1945, seulement 10 jours avant la libération du camp.

Sa mémoire est honorée par 8 récompenses à titre posthume, dont la médaille de la Résistance et la médaille de la Déportation et de l’Internement pour faits de Résistance. Elle fait également partie des 6 femmes honorées Compagnons de la Libération. Sa détermination à résisté jusqu’à son dernier souffle est source d’inspiration pour les générations de femmes qui lui succèdent.

Colette de Jouvenel, la combattante à plume

Fille de la célèbre écrivaine Colette et du politicien Henry de Jouvenel, Colette de Jouvenel (1913 – 1981) ne côtoie que très peu ses parents et vit de manière débridée jusqu’à la veille du second conflit mondial.

Elle est contrainte de se réfugier dans le château familial de Curemonte en Corrèze en juin 1940. Se rapprochant alors de plusieurs groupes antifascistes, elle organise des actions de résistance et s’engage rapidement pour l’Œuvre de secours aux enfants. À travers son implication pour cette association ayant pour vocation de porter secours aux enfants juifs dont les parents ont été arrêtés ou déportés, elle est confrontée aux réels enjeux de cette guerre.

Ses actions deviennent plus politiques lorsqu’elle s’oppose activement au Service du Travail Obligatoire (STO) avant d’être nommée successivement présidente du comité social et sanitaire de Brive puis adjointe au maire de Curemonte en 1945. Marquée par les récits des réfugiés qu’elle a pu aider et par sa visite d’Oradour-sur-Glane quelques mois après le terrible massacre dont le village fut témoin, Colette de Jouvenel se consacre, dans les dernières années de la guerre, au journalisme. Publiée dans le journal clandestin Fraternité, elle a à cœur de transmettre les souvenirs, parfois de manière brutale, choquante, des vies qu’elle croise. Son implication l’emmènera sur les quais de la gare de Lyon en avril 1945 pour accueillir les survivantes du camp de Ravenburg et même en Allemagne pour effectuer l’un de ses plus importants reportages Été Allemand, témoignant de toute l’horreur du nazisme.

A son retour, Colette de Jouvenel va s’employer à défendre l’égalité des sexes notamment dans le domaine professionnel, en rédigeant de nombreux papiers. Elle assiste également en novembre 1945 au Congrès international des femmes de la Maison des Mutualités à Paris, forgeant son esprit féministe.

Inhumé au cimetière du Père Lachaise au côté de sa mère, Colette de Jouvenel a su devenir, grâce à ses actes de résistance et de ses écrits, une passeuse d’histoires, une graveuse de mémoires.

Vous retrouverez des portraits d'autres femmes résistantes et l'histoire de l'oubli de leur Mémoire dans la conférence en ligne  Les femmes en résistance pendant la Seconde Guerre Mondiale proposé par Feminists in the City.

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